Le Plein-Jour en Haute-Cöte-Nord, Octobre 1994 |
Statistique de mi-saison |
Ce blog s'adresse aux anciens Bergeronnais et aux nouveaux . Je retiens pour illustrer le but de ce recueil de souvenirs sans fin, ce mot de Friedrich Nietzsche : "Souviens-toi d’oublier".
Texte de vulgarisation
Les plans de l'église de Bergeronnes ont été conçus par l'architecte Joseph-Pierre Ouellet (1871-1959). Il vaut la peine de regarder de plus près le travail effectué en 1903 et 1904 pour bien en saisir toutes les caractéristiques .
L’église actuelle a été érigée de 1914 à 1916 selon les plans de l’architecte par les entrepreneurs Joseph-Hubert Morin et Joseph Saint-Hilaire au coût de 28 000 $. Elle est construite entièrement en bois et a été quelque peu modifiée à l'intérieur depuis son érection.
Quelques changements
En 1949, on procède à la construction de la tribune arrière. En 1974 , l'église devient un centre communautaire. Des portes sont déplacés, les bancs enlevés et remplacés par des chaises. Du tapis recouvre désormais les allées de droite et de gauche.
LA FIN D'UNE ÉPOQUE
Il est mentionné dans le livre intitulé La fin d'une époque: Pierre-Joseph Ouellet , architecte que ce dernier est influencé par des courants américains et européens. Retenons d'abord que le faste hérité des ouvrages européen et le caractère monumental des constructions américaines influencent toute l'architecture du début des années 1900. Les milieux où oeuvre l'architecte Ouellet sont souvent très conservateurs et ne sont pas en phase avec la révolution industrielle qui tend à prioriser l'utilisation de l'acier et du béton pour ériger de nouvelles constructions.
Aux Bergeronnes et à Sacré-Coeur, Pierre Ouellet , originaire de Saint-Fidèle , sera tenté par des innovations structurales. Même s'il privilégie une élévation de façade très classique , il accentue la tour centrale qui se dégage au dessus du pignon , par des fenêtres allongées . En 1904 ,il tente le coup à Ste-Méthode et reprend ce plan en 1912 à Bergeronnes. Cette reprise n'est pas une copie de sa propre oeuvre mais bien un avancement vers un style plus prononcé.
Église de Sainte-Méthode (1903) |
Le clocher est de type fronton complet L'entablement à la hauteur du triangle de la toiture supporte le clocher . Ce type de clocher est présent tant à Sacré-Coeur qu'à Bergeronnes.
Encore une fois, il s'agit d'allonger les lignes verticales. La flèche de forme pyramidale accentue cette élévation .
Sacré-Coeur ,1908 |
Le plan de base de Saint-Méthode est refait pour Bergeronnes. J'ai pris la liberté d'en spécifier les principales composantes .
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Banq - Carpentier, 1954Les portes menant au déambulatoire et de là, à la sacristie étaient toujours en place en 1954. Les bas-côtés reprennent des éléments de l’élévation centrale. |
Le plan de Bergeronnes comporte quelques particularités , mais est très ressemblant à celui de Sacré-Coeur. On peut parler sur le strict plan architectural, d'églises jumelles. |
Chevet (photo : Patrimoine culturel du Québec) |
Un homme marche.
Le dernier. Les autres sont disparus. Il s’est levé et a pu se rendre compte qu’il
était seul. La banque n’est pas ouverte, la lumière verte à l’intérieur est
éteinte. Le centre des loisirs est désert. L’église n’a plus de portes. Pour y
entrer, il faudrait qu’il grimpe sur la toiture et qu’il marche sur l’arête jusqu’au
clocher.
Impossible!
Un homme
marche. Ses pas le mèneront à l’épicerie. C’est ouvert. Le caissier lui explique
que rien ne lui sert de courir là ou encore là. Puisque plus rien ne bouge, il a tout son temps !
Un autre
client, un vieillard aux lunettes en corne noire , lui raconte que tout n’est pas disparu du jour au
lendemain. Un dimanche, il y avait une personne ou deux de moins au temple. Une
autre fois, ce fut quatre. C’était presque
imperceptible mais lui, le vieux, il avait eu tout son temps pour observer et faire le compte.
Il constata
le même phénomène au centre civique. Et à la banque, on se réjouissait de ne
plus avoir à faire la file. « Bientôt, dit-il, je savais que je pourrais
avoir l’aréna pour moi seul. Mais, on ferma la glace du centre avant que
ce jour n’arrive. »
Ce que le vieux trouvait bizarre, c’est que parfois ,des citoyens se plaignaient de ne pouvoir utiliser tous ces services quand bon leur semblait. Une ou deux fois par année, un souffle de colère traversait le village , mais ça ne durait pas, même la colère n'arrivait pas à survivre dans le village.
Un homme
marche. Le dernier. Les autres ont disparus avalés par la colère qui fut elle-même avalée par l'apathie.
L’homme qui
marche se dit qu’un jour, un autre marchera avec lui, et qu’à ce moment-là, ils
pourront ensemble, voir ce qu’il y aurait à faire de nouveau avec toutes ces portes
barrées et ces lumières éteintes .
Deux hommes marchent. Le vieillard aux lunettes aux montures de corne a décidé qu'il pouvait marcher encore un peu.
Et leurs pas faits ensemble furent le début de l’avenir.
Le Soleil, 28 mars 1995 < |
Simon Gagnon en 1944 Tirée du film: Centenaire de Bergeronnes |
L'Hymne à Notre-Dame de Bon-Désir a été inspiré par un Cantique écrit par Paul-Émille Lavallée. La musique de ce chant religieux intitulé Cantique à Notre-Dame de Blanche est l'oeuvre du Père Émery Verville O.M.I .
Les paroles écrites par Simon Gagnon sont fortement inspirées par le texte d'origine. Le texte est parfois paraphrasé quand il n' est pas pas tout simplement répété. Fait étonnant, nulle part n'est mentionné la source du texte original. Bien qu'il soit coutumier de s'inspirer d'une chanson en adaptant les paroles à un nouveau contexte, omettre de mentionner les sources correctement est une maladresse qu'il faut corriger. Mais encore faut-il le savoir.
Par exemple, lors des Semaine du Patrimoine en 1977, la chanson Rame, Rame de Tex Lecor est revue pour servir d'hymne patrimonial aux Bergeronnais.
Rame, rame, rame donc
Le tour du monde, le tour du monde devient Le patrimoine, Le Patrimoine....
Notice biographique sur Paul-Émile Lavallée dans Les Anciens du Séminaire, écrivains et artistes, Joliette, 1927, p. 203-206. |
Nous étions au moins une dizaine de garçons du village à aimer ce chien. Nous l'appelions affectueusement Dog pour que la liste des mots anglais affichée dans la classe de l'école de briques rouges serve à quelque chose.
L'été , il arrivait souvent que le chien nous suive dans nos jeux et aussitôt avait-il compris que sa maison commençait à être un peu trop loin, qu'il faisait le chemin à l'envers. On essayait bien de la garder avec nous en lui lançant notre unique balle de baseball ... Mais non, Dog avait atteint le bout de sa corde imaginaire. On ramassait notre balle pleine de bave et admirions la légendaire fidélité qui le faisait retourner chez lui. Aucune inquiétude, il ne pouvait se perdre, c'est connu, les chiens plantent des poteaux de signalisations partout où ils passent !
*
L'hiver, à chaque fois que nous marchions en bande pour nous rendre à l'école , il nous saluait de sa plus forte voix. Il suffisait qu'on l'approche pour qu'il manifeste une joie silencieuse. Tous, nous avions le même réflexe, on enlevait nos mitaines de laine et on laissait glisser nos petites mains dans la chaleur humide des poils du chien.
Comme il était heureux ce chien. Pas un de nous ne se demandait ce que pouvait faire Dog de sa journée. On l'enterrait sous nos caresses en passant et cela nous suffisait. Une autre chose connue, c'est que les enfants vivent au présent. Ce sont les adultes qui les tirent vers l'avenir, sinon, les enfants passeraient le reste de leur vie dans un utérus !
Si le chien avait pu parler, il n' aurait pas pu nous dire que le pire était à venir. Ce genre de niaiseries-là, on entendait ça à la messe. Il n'aurait pas non plus fait de longs discours sur l'importance des leçons et des devoirs. Non ! le chien aurait juste ancré ses mots dans le présent. Mais, il ne parlait pas notre langue.
Par contre, il m'est souvent arrivé de lire dans les grands yeux noirs du chien , un message important: Reste ici avec moi, on va bien s'amuser. Mais je ne restais jamais. Il me fallait comme tous mes copains entrer dans la grande école de briques rouges pour préparer mon avenir en découvrant des sciences venues du passé !
C'est bien beau, la religion, les tables de multiplication et les règles du participe passé , mais ça ne suffit pas à neutraliser la tête d'un enfant. À 10 ans, ce qui m'intéressait vraiment, c'était le monde étrange de Dog.
J'en avais appris un peu. Le chien à l'heure des repas regardait sa maîtresse oeuvrer à la cuisine. Il salivait. Le midi , devinant le bruit des voix libérées des écoliers, il demandait la porte. Il jubilait. En soirée, au pied de son maître qui lisait Le Soleil , il sommeillait.
Dog était heureux. Il partageait son bonheur tranquille avec nous, les enfants du roc.
**
Le présent, même celui d'un chien, peut être bouleversé. Il aura suffi d'une seconde, une toute petite seconde, pour que l'univers du chien bascule.
Il devait être huit heures. Dog n'avait pas aboyé et ne s'était pas dirigé avec toute sa fougue vers la bande d'écoliers pour qu'on puisse laisser courir nos mains sur ses flancs et faire s'ébouriffer son poils dru. Rien. Il a bien fallu que les écoliers se rendent à l'école.
Et c'est là que nous avons appris la nouvelle. Monsieur Victorien, le concierge de l'école de briques rouges, nous avait appris que le chien avait été heurté par l'autobus Drolet . Pendant la matinée, il avait dû interrompre son travail des dizaines de fois, la source du savoir n'était plus dans les livres, c'était monsieur Victorien qui la portait !
Le même monsieur Victorien qui se déguiserait en Père Noël la semaine suivante pour nous souhaiter de bonnes vacances, était, une semaine à l'avance, la coqueluche du jour. Pour une fois, même ceux qui n'aimaient pas apprendre, furent soudainement pris du vertige que procure la curiosité. Si les profs avaient eu le droit de sortir du maudit programme, les élèves auraient composé en ce jour triste, une ode collective à Dog...
***
Toute ma nuit, avait été un écran noir où le chien se faisait écrabouiller par un autobus malvenu. L'autobus qui glisse. Le sang sur la chaussée glacée. Les poils hérissés. La bête qui se traîne pour retourner dans les bras chauds de sa maison. Ai-je dormi ? Toutes ces images étaient si réelles...
Je tenais au bout de mes doigts devenus inutiles, une cuillère que j'hésitais à tremper dans le bol de cornflakes devenus trop mous . Ma mère devinant le tourment qui me hantait me dit que je pouvais aller voir.
-C'est pas comme si tu les connaissais pas, tu y es déjà allé avec ton père.
C'est extraordinaire comment en une phrase, une mère peut vous donner le courage nécessaire pour affronter la vie .
Le chien était enroulé dans une couverture et il tremblait de tous ses membres. Monsieur Beaupré avait déposé une carabine sur la table de la cuisine. Il y avait aussi une boîte de balles verte et jaune. Madame Beaupré a vu les larmes qui coulaient sur mes joues.
-Il faut le faire. Il souffre trop.
Monsieur Beaupré n'a rien dit. La dame a pris ma main et nous nous sommes accroupis devant le chien . Je l'ai flatté. Doucement. Le chien a salué cette dernière caresse en agitant la queue. Malgré la douleur .
Dans ses yeux noirs, je voyais bien ce que Dog disait . Il faut que je me lève, que j'aille voir tes copains qui vont partir pour l'école. Que je revienne voir si ma maîtresse prépare le repas. Que je regarde mon maître lire le journal. Il le faut. Je dois être là .
J'avais le souffle coupé . Je lui ai dit en le regardant dans les yeux : Tu ne seras plus jamais là. Regarde le tapis qui accueille la neige quand tu te secoues , tu ne le verras plus. Regarde ces murs où se jette le soleil du matin . Regarde mes mains . Je dirai à tous mes amis que tu es un chien courageux. Dog...
J'ai essuyé mes yeux avec le revers de mes pouces. Et je suis parti sans saluer les Beaupré. Mes mots polis étaient étranglés par la peine.
****
Vers midi , en revenant de l'école, nous avons vu le couple Beaupré descendre de leur voiture. La dame serrait une couverture contre sa poitrine . Monsieur Beaupré ouvrit le coffre arrière de sa Chevrolet. Il y prit l' arme à feu et entra derrière son épouse , les yeux au sol. Nous nous sommes tous regardés en silence. On savait que ce qu'ils avaient fait était ce qu'il fallait faire.
Et en ce Noël de 1971, cette peine commune de notre enfance, fut sans doute le plus beau cadeau qu' on pouvait partager. Nous étions au moins un dizaine de garçons du village à continuer à aimer ce chien.
Mise en contexte
Au début des années 70 , les animaux domestiques ne recevaient que rarement des soins vétérinaires. L'euthanasie n'était pas chose courante. Entendre dire qu'un homme avait noyé des chatons parce que ces derniers n'avaient pas trouvé preneur faisait partie des moeurs. Rencontrer un chien qui déambulait librement dans une rue ou un sentier n'avait rien de surprenant. Les chiens mangeait les restes de table et non pas une nourriture fabriquée en usine spécialement pour eux.
Couvent de Bergeronnes, 1946 En 1935, il était le principal lieu d'éducation du village |
Séminaire de Chicoutimi |
Le 15 août 1873, l'archevêque de Québec, Mgr Taschereau procède à l'érection canonique d'une nouvelle institution, le Séminaire de Chicoutimi, que vient de fonder, à sa demande, l'abbé Dominique Racine. Cette institution a pour but d'assurer un enseignement adéquat à la jeunesse masculine de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et poursuit un but vocationnel en recrutant des candidats aptes à assumer les responsabilités sacerdotales. En 1877, le Séminaire est affilié à l'Université Laval pour ses programmes d'études. De plus, il a initié des activités journalistiques, musicales, scientifiques, syndicales et agricoles. Il a conduit à maturité, entre autres, la corporation du Grand Séminaire, la fondation de la Société historique du Saguenay et l'École d'agriculture de Chicoutimi. (Source: Abbé Clément Jacques Simard, conservateur des archives du Séminaire.).