Instant de vie chez les Bouchard

Instant de vie chez les Bouchard
Claude Mattheau, 2014

mercredi 10 août 2016

To do list de tennis...

Résultats de recherche d'images pour « terrain tennis bleu »Dans ma vie de prof , à un moment où j'enseignais à des élèves dont les horizons étaient plutôt noirs, et  avec lesquels je ne savais plus vraiment quoi faire, j'ai pensé à leur faire écrire une To do list. Fallait bien rebondir, je suis payé pour ça. 

Mes conditions: il faudrait qu'ils le fassent en respectant le code grammatical, que la liste comporte cent items, et que le tout soit présenté sous traitement de texte. Ils ont accepté ces règles. Je  ne sais pas si vous le savez , mais pour des élèves en difficulté ces trois conditions représentaient une véritable montagne de travail . Mais ce qui devait advenir, advint : il se découragèrent très rapidement. Et pour cause : la plupart des items de leur liste étaient irréalisables. FILET !  J'ai donc dû m'exécuter et leur démontrer qu'on pouvait atteindre beaucoup d'objectifs sans que ce soit démesuré. Coucher avec Sharon Stone n'est pas vraiment un item à mettre sur ce genre de liste. Alors, j'ai fait crisser ma craie au tableau vert : -(ils adorent le verbe crisser)-


1. Ne pas coucher avec Sharon Stone : atteint 
Des rires dans la classe , les nuages noirs font la moue.


2. Faire une mise en scène avec deux comédiens pro 

3. Me baigner nu dans le lac Gobeil

4. Rouler à vélo de Rimouski à Trois-Pistoles

5. Me décrotter le nez dans un endroit public pour faire réagir les gens...
Celle-la , ils l'ont trouvé dégueux! Unanimement dégueux!  L'esprit de groupe se replace...

Ils regardent ma liste et ils constatent: " On peut mettre des affaires faciles?"


-Ben oui, si ces affaires-là comme tu dis , tu as envie de les faire, pourquoi pas ?

C'est comme ça que j'ai sauvé leur année scolaire, en jouant avec les maux, leurs maux d'enfants sans horizons ! On a parlé de tout , la seule condition ,il fallait que je finisse par avoir des écrits. C'était mon REVERS.


Tout ça pour vous dire  que j'ai lu un texte de Stéfane , un  texte impressionniste d'un gars qui aime ce qu'il fait. Dans son récit , il se baigne nu dans le lac Gobeil , la tête entre la lune et le soleil et il savoure son tournoi Roger , un tournoi cool auquel je n'ai jamais assisté, et qui devrait faire partie de ma To do list. Se baignan,t il savoure sa victoire qui consiste à  seulement aimer ce qu'il fait. Saint-Augustin  que j'ai fréquenté livresquement , écrivait:

"Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce que l'on possède déjà. "



On aurait intérêt à relire cet homme au lieu que d'acheter tous ces bouquins sur le "comment être heureux" qui menacent d'écroulement les étagères des librairies.  On peut même le lire en chinois, histoire de se dégager l'esprit, et en plus , en chinois, ça se lit plus rapidement, y'a moins de pages ...   Non osti , le DVD  est pas sortie !      


  « 幸福是对已经拥有的东西始终保持欲望 » 

Donc, j'ajoute à  ma To do  list  :  

Lire  un extrait des confessions de Saint-Augustin avant la première partie du tournoi Roger   

C'est Stéfane qui m'a initié au bain nu de la petite plage, en revenant d'une répétition de théâtre à Tadoussac. Il m'a aidé à compléter ma To do list. L'osera-t-il encore ?  


Voici son texte impressionniste.


19h00. Nage sans maillot à la petite plage du lac Gobeil, tout d'un coup, alors que je suis assez loin du rivage, je vois une masse sombre à une trentaine de pieds, je m'approche mais en même temps j'ai un peu la chienne parce que je suis un nageur ordinaire, ne voyant pas très bien non plus n'ayant pas mes lunettes de nage, étant aussi aveuglé par le magnifique rayon de soleil de fin de journée qui plombe toujours de façon radicale sur le lac. J'avance et ce qui semblait être au départ une roche, un billot de bois ou peut-être les restes d'un canot gonflable se mit à bouger....j'éliminais derechef les trois patentes à laquelle j'avais songé. Une loutre? Je ne voulais pas. Ayant déjà entendu des histoires d'horreur de baigneurs se faisant attaquer par cet animal qui peut être féroce si la situation l'exige. M'approche encore et encore et la chose se retourne tranquillement vers moi comme dans un film de peur au ralenti, vraiment au ralenti puis...j'entends; "Bonjour!"

J'te fais...un criss de saut, mes jambes se retroussent en dessous de l'eau....je pense même que j'ai fais un p'tit pipi dans le lac, très vite, j'ai comme...dégoûté de peur pis j'ai comme crié trop fort pour rien; "Qu'esse-tu veux câliss?" au lieu de répondre gentiment à son "bonjour" qui n'était pas si effrayant que ça....pourtant. Là, c'te chose humaine me demande..." l'arrivée c'est-tu par là? Chu parti hier après-midi pendant la course de la traversée du lac et pis je nage depuis hier...me su pardu. J'ai même nagé dans une petite rivière qui se terminait en rigole...c'tait pas facile de nager dans une rigole. Et pis là j'ai décidé de r'tourner de bord parce que nager dans le sable, ça se pouvait pu faque j'ai remonté tout ça pis là ben me v'là!"Clin d'oeil sympathique à mon ami Eric Cyr dont j'ignorais ce talent, lui qui en a tellement d'autres. 

Le vrai Roger et Hugo Tremblay, gagnant 2016 

 Revenant vers la rive, le chant d'un huard (ça c'est vrai!) envahissait les environs, enterrait le bruit ordinaire de la 138 et c'est dans un presque dialogue que je lui racontais ma fin de semaine de tennis. Ici, le temps me manque mais si vous êtes intéressé par le papotage tennistique entre le huard et moi, prière de me le faire savoir!


Moi , je suis interessé ! 
Ajoute  ça à  ta To do list... de Tennis

jeudi 4 août 2016

Madame Lucie

Je ne savais même pas son nom de famille. Je ne savais que son prénom. Madame Lucie. Je dis , en parlant d'elle, aujourd'hui encore, les mêmes  mots ,le même titre : Madame Lucie.L'année d'avant, c'était ma tante Claudette. Un autre titre , tout aussi mérité.

Soif d'apprendre


Lucie Imbeault
J'ai 6 ans . La cloche sonne, déjà , les miens et moi, élèves de première année, sommes en rang , disposés à l'obéissance, prêts à suivre mademoiselle Lucie qu'on appelle madame.Elle n'est pas encore une madame, ma mère me l'a expliqué. Elle a un amoureux. Il vient avec son camion vert ou rouge ,-tous les camions sont verts ou rouges, il me semble-, il vient la voir. Son cavalier connait ma mère, il l'appelle Ma-de-laine, en monosyllabe , comme pour faire durer le plaisir et il l'embrasse ! Et il ne cesse de redire son nom. Je crois qu'il doit y  avoir de la parenté, mais je n'y comprends rien. Je ne suis qu'un écolier.

Quand la cloche est sonnée, nous suivons madame Lucie jusqu'à la porte de la classe. Là , les rangs se défont, la porte est trop étroite . Mon cousin de Montréal m'a dit que je n'allais pas dans une vraie école. Sa mère qui est une maîtresse d'école , dit que oui, que l'école c'est la classe. Que veut-elle dire ? En tout cas, je suis content. Mais je sais que la vraie école ,elle est juste de l'autre côté  de la rue, elle est en briques rouges, toute les vraies écoles sont en briques rouges, on ne peut pas se tromper.

L'anarchie ne tient pas notre classe longtemps sous sa férule, les petits pupitres disposés en rangées serrées et droites sont nos garde-fous. Madame Lucie n'aime pas les élèves qui traitent les autres de fou. Elle dit que personne n'est fou. Qu'on est tous différents mais pas  fous.

Un pupitre, le mien , il est  juste au fond de la classe, près de la porte qui donne  sur un petit couloir de plywood, juste avant d'atterrir dans ce couloir,il y a une marche et dans le couloir il y a un seul abreuvoir.
" Prenez garde à la marche !" Ce sont les mots de madame Lucie.



Un pupitre ça ne parle pas , c'est connu , c'est muet , alors c'est silence aussitôt qu'on est assis derrière. À l'heure de s'y accouder, je deviens muet. J'ai une cousine qui est muette. C'est sa mère qui est maîtresse d'école. C'est pour cela qu'ils sont partis à Montréal. Là-bas, toutes les écoles son en briques rouges, beiges ou brunes. Ma cousine qui est aussi la filleule de ma mère  va à l'école des sourds. Alors, quand je dois me taire  pour travailler , je pense à elle. Madame Lucie me félicite parce que je ne parle pas inutilement. Elle ne sait pas que c'est grâce à ma cousine.


Institut des sourdes muettes à Montréal










Nous toussons sans bruits superflus, on retient notre respir. L'instruction chrétienne, c'est sérieux.

Je ne me souviens pas de la couleur du tableau, juste du gestes de madame Lucie. C'est un geste avisé,elle se signe, mais c'est vrai. Rien de  machinal comme moi. C'est assumé. C'est une croyante, une vraie! Je suis sûr que sur ce point elle bat ma mère. Elle nous demande de donner notre journée à Jésus, il y a une prière et puis on sort nos cahiers. Mes  cahiers sont  recouverts de papier brun.

Madame Lucie écrit au tableau chaque matin . Je sais reconnaître les chiffres. Mon père nous pratique, mon frère et moi,  au calcul mental. Si je veux suivre papa dans la run de lait  comme le fait Mario , je dois savoir faire du calcul mental. Alors,  je sais mes chiffres. Mais le reste des mots qu'elle écrit au tableau, je ne les connais pas. Tout cela m'intrique au plus haut point et j'ai hâte de savoir. Je sens que les lettres quand je serai capable de les attacher, ce sera comme avec mes shoe-claques , je pourrai faire courir mon crayon jaune sur mes feuilles de tablette blanche.

Avec ma tante Claudette on a appris à faire des noeuds  et  des boucles sur une grosse bottine blanche, rouge et bleue. Mon père m'a montré à attacher mes souliers en draveur. Les boucles sont moins longues , mais le noeud est pareil. Je suis différent à cause de ça .

Ce fut chaque jour la même chose . Je pense. À six ans , on ne sait pas encore tout. Je me souviens du F qui souffle, du z qui scie ou dort, du i de la souris, du u et du cheval qui tire une charrette de foin dans lequel se cache la souris.

Mais quand je dis que c'était toujours la même chose, je parle de ce geste que madame Lucie répétait. Les quatre chiffres de la fin ne changeaient jamais , les autres chiffres variaient  , c'était pareil pour les lettres.Un matin comme ça sans avertir , tout changeait. J'ai eu  beau fréquenter les souris qui font i-i-i-et le moissonneur qui fait u-u-u- j'avais devant moi chaque matin, une énigme. Mon frère Mario aurait dit  hi -é- ro- gly-phe , parce qu'il lisait Tintin et ma mère de-vi-net-te parce qu'elle écoutait les Joyeux Troubadours, le midi à la radio.

Un matin , Euréka !  j'ai trouvé. C'était la date.Les évidences n'en sont jamais quand on les ignore.

À présent, je donne soif
1967

J'ai toujours été heureux dans une école.Si j'en ai fait ma profession, c'est pour rendre le bonheur que j'ai eu à apprendre à d'autres. Et vous savez ce qui me préoccupe le plus aujourd'hui, alors que la retraite se profile à l'horizon, ce sont ces milliers de jeunes que j'aie eu la chance de connaître, je me demande si je leur ai montré un peu à vivre ?

Juste vivre. Comme moi j'ai pu l'apprendre dans une école sans briques rouges où il n'y avait qu'un seul abreuvoir.

Mais quel abreuvoir !





mercredi 3 août 2016

Facture et fracture de 1928 !

23 octobre 1928  coll. Famille Alphonse Tremblay



































Quand en  1894,  Hélène Lapointe,18 ans ,  fille de Théophile Lapointe  convole en juste noces avec Louis Brisson (25 ans), fils de Gédéon Brisson  elle est loin de se douter qu'elle sera un jour à la tête d'une entreprise .  Nazarin, le frère d'Hélène était formel sur ce point , sa soeur ne croyait pas perdre son mari si jeune et sans le travail combiné de son fils et de son épouse ,elle aurait failli à la tâche. Et cela même si ma tante Hélène est vaillante comme le sont tous  les Lapointe ! C'est du moins ce que ma mère m'a  rapporté , et elle le tenait de sa tante Rosalie Lessard ...  Louis Brisson , donc, décède prématurément, ce qui fait d'Hélène,  la première  marchande générale du village! Fort  heureusement son fils Edouard s'intéresse aussi à l'affaire et secondera sa mère jusqu'à devenir à son tour maître des lieux. Il sera secondé  par son épouse Clémence Gauthier, efficace partout , de la mercerie à la grocery en passant par l'arrangement des vitrines!


Edouard ,fils d'Hélène Lapointe et Louis Brisson





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L' objet qui m'intéresse ici, est cette facture datée du 23 octobre 1928. Elle est en soi un héritage féministe et communautaire  intéressant puisqu'il y est question du Couvent . En 1928, l'oeuvre des religieuses du Bon-Conseil venues de Chicoutimi à l'initiative du petit curé Louis Mathieu, était plus qu'importante, l'éducation étant entre leurs mains. Elles seront présentes aux TGB jusqu'en  1981, elles y enseigneront, accueilleront des pensionnaires au Pavillon Françoise-Simard , assisteront le personnel laïque du Foyer Mgr Gendron, et ce tout en participant à la vie liturgique de la Paroisse.


 Focus historique  La Commission scolaire de Bergeronnes est née en 1927 et fait face à une population pas toujours intéressée par l'éducation. Ce qui  pour les Bergerronnais d'aujourd'hui , j'en suis persuadé, est une fracture terrible ! Le paradigme selon lequel Bergeronnes a toujours été un milieu où l'éducation trônait au haut de la liste des valeurs est ici un peu malmené! Il ne s'agit pas de la Guerre des éteignoirs de 1846 mais quand même , certaines écoles sont négligées, les taxes tardent à être payées et  des parents retirent des enfants de l'école beaucoup trop tôt.

Ces extraits du livre  La traversée du Saguenay de Denise Robillard :

1928: Grandes-Bergeronnes 

En février 1928, le conseil général avait refusé la demande de la municipalité de Saint-Ambroise en alléguant qu'il lui fallait augmenter"  le personnel de certaines missions où le besoin est urgent". toutefois, deux mois plus tard, il accepte une nouvelle mission sur la Côte-Nord à Grandes-Bergeronnes. La supérieure générale se rend sur place le 27 mai et à la fin du mois d'août , les soeurs de Betsiamistes s'embarquent au quai de Chicoutimi avec les trois soeurs désignées pour la nouvelle fondation. Elle débarquent à Tadoussac où les attend le commissaire Charles Lapointe (le frère d'Hélène)  avec qui elles font le voyage  en auto.

Le lendemain de leur arrivée ,elles rencontrent le curé Louis Mathieu et visitent le jardin et le couvent qu'elles pourront occuper le 15 septembre, dix jours après l'ouverture des classes.La supérieure générale viendra constater sur place leur installation à la fin de septembre. Le 19 octobre, les soeurs font la  connaissance du nouveau curé, Joseph Thibeault, qui présidera cette communauté paroissiale pendant vingt ans. Une séance organisée en mars 1929 pour marquer sa fête patronale permet aux soeurs de recueillir soixante dollars avec lesquels elles se procurent une machine à coudre et d'autres objets utile pour la maison. 

(...)
Le nombre des enfants inscrits dans les quelques classes de Grandes-Bergeronnes de 1930 à 1948 connait une croissance erratique, mais passe de 81 à 160 enfants  dans trois , quatre et six classes.Un nouvel édifice est mis en chantier en septembre 1934,obligeant les soeurs à aménager au presbytère et à enseigner à la salle publique jusqu'au 6 novembre: " Nous avons souffert du froid  à l'église et au presbytère à en être malade (...)"

La bénédiction du nouveau couvent a lieu le 20 octobre 1935 en présence des parents et des bienfaiteurs; le curé en profite pour convaincre les parents de l'importance de l'éducation.(...)Mais l'état de l'édifice n'est pas à la hauteur des ambitions du curé .  De juin 1938 à à juillet 1941 , les soeurs sont retirées de leur poste, le temps d'effecteur des réparations majeures au couvent. (..) 

Pendant ces années-là, des cas de diphtérie, d'oreillon, de scarlatine, de rougeole et de grippe   sont déplorés. Des problèmes d'hygiène et d'alimentation sont décelés dans notre village. Non, la vie n'est pas dans ce passé relativement récent,à l'image des récits de La petite maison dans la prairie ou du feuilleton Anne et la maison aux pignons verts.! La vie est rude et difficile.









samedi 30 juillet 2016

L'ostensoir ostentatoire du curé Thibeault



L'ostensoir du curé Thibeault  . 1947-Construit en 1938 par Rodolphe Pagé. 
 (photo coll. Famille Alphonse Tremblay)












L'ostensoir du curé Thibeault était situé sur le haut de la Côte-à-Bouleaux , de l'autre coté de la route 15, en face de la maison de la famille de François Xavier Gagnon. Madame Nicole Gagnon qui habitait juste en face se souvient que le site était accessible facilement et qu'elle allait y jouer .


Eucharistique.

      Selon la Liturgie l'hostie était présentée aux fidèles au terme d'une procession  qui devait avoir lieu 60 jours après Pâques .Donc, les Bergeronnais devaient gravir la côte et ensuite se rendre près de l'ostensoir où le curé déposait une Hostie, symbole de la présence de Dieu dans la Paroisse de Sainte-Zoé-des-Bergeronnes. 


Le curé  lisait  Le Devoir ,  Le Soleil
et l'Action Catholique .

Les dévotions des Bergeronnais d'alors étaient donc l'objet de diverses prières. Il ne faut pas oublier que le curé Thibeault était un remarquable organisateur et un développeur tenace. En plus d'être abonné à tous les journaux disponibles de son époque , le curé avait reçu une éducation solide . Originaire de les Éboulements où il est né en 1888, le curé n'était pas en terre étrangère, la mentalité "charlevoisienne " des Bergeronnais correspondait bien à son tempérament. Durant  la crise économique , il a soutenu le village dans ses initiatives et après  après la Guerre de  39-45, à l'aube de 1948, il a quitté le village . Il avait 60 ans et laissait derrière lui  un parcours extraordinaire accompli en des temps très tourmentés. 






Lisez cet extrait publié par le Panthéon de l'aviation du Québec :

Intronisé au Panthéon le 18 Avril 2006. Natif de Notre-Dame-des-Éboulements, l’abbé Joseph Thibeault fut entre 1928 et 1948 curé de Sainte-Zoé-des-Bergeronnes (aujourd’hui Municipalité de Bergeronnes, 24 km à l’est de Tadoussac). Sorte de « curé Labelle » de la Côte-Nord, l’abbé Thibeault marqua profondément sa région, multipliant les initiatives pour la moderniser (conférences sur l’agriculture, ferme modèle, école technique, etc.). Six décennies après son départ, les aînés parlent encore de lui.
 

La région était à cette époque pratiquement dépourvue d’infrastructure routière, laissant les communautés livrées à elles-mêmes en hiver. Seul un service de « snowmobiles » desservait tant bien que mal certains villages. Jugeant cette situation inacceptable, l’abbé Thibeault fit ouvrir un terrain d’aviation à Grandes-Bergeronnes (grâce à un tracteur transporté de Chicoutimi sur une barge) et opéra entre 1937 et 1948 un service aérien innovateur à vocation principalement humanitaire destiné à venir en aide aux communautés isolées de la côte.

Prenant peu à peu des allures de véritable compagnie aérienne, le service assurait désormais le transport d’arpenteurs, bûcherons, etc. Il en coûtait 8$ pour traverser le fleuve. La compagnie offrait une rare opportunité de travail à plusieurs jeunes aviateurs talentueux appelés à marquer plus tard l’aviation québécoise, tels Gilles Simard, Charles Fortin, Lucien Lavigueur, Pierre Queneau. 

Interrompu pendant la guerre contre le Nazisme, le service repris dès 1945 avec des pilotes aguerris, c'est le cas de le dire. 



De cette période, Gilles Simard dira plus tard : « Le curé Thibeault nous aimait tellement. Il nous engueulait tout le temps, mais il nous prenait pour ses enfants. Ce n’était pas une question d’argent. Pour lui, c’était le secours à la population […] Prendre trois jours pour se rendre à Chicoutimi quand on faisait ça en 35 minutes avec l’avion… Alors après Dieu, je pense bien que c’était les pilotes ». 

 


mercredi 6 juillet 2016

Trottoirs et autres considérations


Il passe le balai sur les trottoirs de la ville. Il passe le balai dans la rue. On l’appelle le balayeur  de la lumière, le balayeur des 4 chemins, le balayeur bénévole. Un jour, on écrira l’histoire de Forestville, et peut-être raconterons-nous cet homme.

Peut-être aurons-nous le chic d’en parler. Ce n’est quand même pas banal, un homme qui prend le temp  d’être fier d’un trottoir ou d’un bout de rue. La fierté se trouve souvent dans les petites choses  de la vie...

On la trouve aussi dans les grandes...La fierté est à l’origine de la journée consacrée aux  Patriotes, il y a dans le même ordre de pensée, une journée pour le Québec, une autre pour  le Canada une autre consacrée aux Vétérans, une journée pour les Travailleurs … C’est bien. Très bien même !

Toutes ces fêtes sont une question de fierté, et la fierté ça se cultive. Moi par exemple, j’adore marcher sur les trottoirs. Malheureusement, quand ils ne sont pas sous la neige, ils sont envahis par le gazon. Bon, me direz-vous, le gazon doit bien pousser quelque part et de toute façon la rue est si large ! Mais alors, pourquoi faire des trottoirs si c’est pour les laisser se perdre sous le gazon ?

C’est pareil pour la petite histoire de la région : on en parle de moins en moins. On la laisse faire l’école buissonnière. On la laisse se perdre dans nos vieux qui partent... Dans les écoles, il faudrait qu’elle soit au programme. Pourtant, il paraît que de parler d’un passé qui  nous concerne, de lieux que nous habitons et que nos ancêtres ont habités, est motivant pour les jeunes. Quand dans ma classe, j’explique aux ados l’origine du nom de la ville de Forestville, ils ont les yeux ronds et le sourire aux lèvres : Forestville n’est pas une traduction mal foutue de Forest city ?! Quand je leur parle de Grant Forrest, ils se demandent tous ce qu’il est venu faire ici ? Ils trouvent aussi assez extraordinaire d’apprendre que l’église Saint-Luc n’a été pendant un temps qu’un sous sol sans nef! La corde sensible : le passé, leur passé.

Question fierté, l’année dernière, j’ai aidé un trottoir à respirer ! Inspiré par le balayeur de la 138, j’ai accompli ma B.A. de l’été. J’ai dégagé 150 pieds linéaires de trottoirs. Ce n’est pas grand-chose, mais j’en étais fier ! J’étais le gars de la 13ième rue qui retrouve un trottoir perdu! Normand Bratwaithe tirait de sa présence à l’émission Qui êtes-vous ? , un constat éloquent : « J’ai découvert d’où venait, ma famille. Eux, ce ne sont pas des mauvaises critiques qu’ils recevaient … On leur coupait des bouts de doigts ! »

Certains seraient assez étonnés de constater tout comme Brathwaite, que nos ancêtres ont fait preuve d’un courage hors du commun lors de l’ouverture de la région à la colonisation, ou encore que l’histoire des communautés autochtones est liée à la nôtre. C’est bien de savoir qu’il y a eu un Crash boursier en 1929, mais quel fut pour les gens d’ici l’impact de cette période de décroissance ? C’est bien de savoir qu’il ya eu de l’électrification rurale, mais comment s’organisaient les gens d’ici avant que ne court le courant ? Des thèmes comme ceux-là, abordés localement, ouvrent des fenêtres sur l’histoire nationale. Ce sont comme les trottoirs, des trésors en voie de disparition.

Je répète ma question : si les trottoirs sont des trésors, alors pourquoi laisse-t-on ce béton qui a coûté une petite fortune aux payeurs de taxes, mourir sous le gazon ? Certains, envahis par la verdure, sont passés de 3 pieds de large à 24 pouces! Et c’est sans compter sur les craques de trottoirs qui sont envahis par des guirlandes vertes assez touffues ! De quoi se cogner le nez si on est imprudent et se mettre dans l’ambiance de Noël ! The big red nose walker!

Ne rêvons pas, ma nouvelle chanson ne délogera pas de sitôt Le petit renne au nez rouge ! De même, l’histoire régionale ne sera pas au programme du ministère de l’« aiducation » de sitôt! Mais rien ne nous empêche, en HCN de se lancer dans l’aventure.

Le moyen le plus onéreux pour arriver à dégager tous les trottoirs, c’est de se dire : « Que la municipalité s’arrange avec ça ! » Le plus simple c’est de se répéter le proverbe chinois suivant : « Que chacun balaie devant sa porte et la ville sera propre. » Ce que l’homme de la 138 pousse avec son balai ce n’est pas du sable, c’est de la fierté.

Une Journée consacrée à La Haute-Côte-Nord serait un début intéressant pour faire connaître aux jeunes le passé.

On pourrait aussi sauver un trottoir en voie de disparition devant chez soi, juste pour montrer à l’homme des 4 chemins qu’il n’est pas seul.

vendredi 24 juin 2016

Saint-Jean d'hier et d'aujourd'hui

Ah! que j'étais jeune. 15 ans ou 16 ans. Disons 15 et 6 mois ... La Saint-Jean allait devenir la Fête Nationale .Nous n'y étions pas encore .Les nationalistes attendaient le grand soir qui vint le 16 novembre 1976. Et cela se fit. Notre petit Lucien devenait ministre, notre René disait de nous que nous étions quelque chose comme un grand peuple. N'était-ce pas extraordinaire ?
Francine Harvey,Claudette Hovington et Jeannine Deschênes
De vrais chars allégoriques avec des fermières  engagées.
 Aux TGB l'atmosphère était à la fête ,le village était peuplé de jeunes ménages qui s'apprêtaient à peupler le village à nouveau, la Baie-James emplissait les comptes gérés par monsieur Charles-Edmond, l'école primaire était pleine, la polyvalente toute neuve débordait d'enthousiasme et la cantine faisait des affaires d'or!


Des clowns: Francine Lapointe et Gianna Bella
 accompagnées d'Oriane, de Nadia et et Nadine.

Têtes heureuses! disait mon père Ovila en me voyant partir avec mes chums pour le feu de la St-Jean .Vêtus de  nos jeans à pattes d'éléphant et armés de notre effronterie juvénile, nous avions convaincu monsieur Marc Tremblay de nous vendre de la bière. 


Le  Je me souviens proposée par Lise Payette était désormais la devise qui apparaissait sur les carrées de tôle  des plaques d'immatriculation. Patte d'éléphant et mémoire . 

Mémoire en fête disait-on !   Geneviève,Clément  et sa gang de cégepiens , et je nomme :Gervais, Lydie,une Larouche ( dont j'oublie le prénom) allaient nous sortir des greniers de tout le village: les rouets, les barrates à beurre, les  pelles en bois, les fers à repasser en fonte, les jouets sculptés , les toupies, les berçantes, les bers, les tissages, les catalognes... On allait se souvenir tous ensemble du passé bergeronnais . Ce fut fait et avec brio.


Des majorettes dirigées par Guylaine Bouchard et Gina Deschênes

Nommer tous les participants me donnerait le tournis. Je souhaite seulement que ces photos vous remémorent  quelques moments de ces fêtes qui rassemblaient tout un village ...ou presque . Ovila avait raison : Têtes heureuses ! Vous ne connaissez pas votre bonheur.