Instant de vie chez les Bouchard

Instant de vie chez les Bouchard
Claude Mattheau, 2014

lundi 25 mai 2026

Le lac St-Jean en une prière.

 


Le dieu de l'hiver, c'est l'homme (Alain).

Béni sois-tu, Seigneur, 

Pour le lac Saint-Jean.

 Je te remercie de me l'avoir donné Gratis.

  Il était avant moi 

Il sera après moi.

 Je te remercie de me donner le pouvoir

 De marcher dessus.

Je ne suis ni Toi

 Ni Pierre,

 Pour marcher dessus

 Durant l'été ; 

Mais durant l'hiver,

 Je peux marcher dessus, 

Sans mérite.

Je marche un mille, deux milles 

En ligne droite, 

Et je n'ai pas quitté le bord.

 Je vire de bord et je rentre,

 Sans l'avoir entamé.

 Béni sois-tu, Seigneur,

Pour le lac bleu,

Le lac gris,

 Le lac moutonneux.

Pour le lac lisse

Comme de l'huile.

 Pour son silence formidable,

C'est-à-dire épeurant,

Et pour sa colère formidable,

C'est-à-dire formidable.

 Pour son bandeau de nuages,

 Les matins de fin novembre,

Avant qu'il ne ferme l'œil

 Pour six mois.

 Pour sa fusion d'hiver

 Avec l'horizon,

Et pour son long dégel noir

 D'avril et de mai.

Pour la crevasse arquée

 Entre Chambord et Métabetchouan, 

Qui dénonce si net

Le terrible jugement

 De l'hiver implacable.

Pour la glace,

  Claire et noire,

Sous les deux ponts

 Le pont des chars,

 Je veux dire le train, 

Et le pont du monde,

 Celui de la Voirie.

Et pour son bleu azur

Les jours de vent du nord, 

Le cher bleu à laver 

Qui se vendait en cubes,

 Du temps que ma mère 

Lavait mon linge.

Béni sois-tu pour le soleil qu'il boit, 

Les soirs de juillet,

 Et pour la lune qu'il renvoie,

 Les soirs de janvier.

 Pour être lui,

 Pour être là,

 Béni sois-tu.

 Béni sois-tu

 Pour la liberté dernière

De marcher ;

La première étant la même,

La troisième

 Étant de voir.

Béni sois-tu !

Car enfin,

Qui pourrait mériter Le lac Saint-Jean ?

 

Jean-Paul Desbiens

 

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