Le dieu de l'hiver, c'est l'homme (Alain).
Béni sois-tu, Seigneur,
Pour le lac Saint-Jean.
Je te remercie de
me l'avoir donné Gratis.
Il était avant
moi
Il sera après moi.
Je te remercie de
me donner le pouvoir
De marcher dessus.
Je ne suis ni Toi
Ni Pierre,
Pour marcher
dessus
Durant l'été
;
Mais durant l'hiver,
Je peux marcher
dessus,
Sans mérite.
Je marche un mille, deux milles
En ligne droite,
Et je n'ai pas quitté le bord.
Je vire de bord et
je rentre,
Sans l'avoir
entamé.
Béni sois-tu,
Seigneur,
Pour le lac bleu,
Le lac gris,
Le lac moutonneux.
Pour le lac lisse
Comme de l'huile.
Pour son silence
formidable,
C'est-à-dire épeurant,
Et pour sa colère formidable,
C'est-à-dire formidable.
Pour son bandeau
de nuages,
Les matins de fin
novembre,
Avant qu'il ne ferme l'œil
Pour six mois.
Pour sa fusion
d'hiver
Avec l'horizon,
Et pour son long dégel noir
D'avril et de mai.
Pour la crevasse arquée
Entre Chambord et
Métabetchouan,
Qui dénonce si net
Le terrible jugement
De l'hiver
implacable.
Pour la glace,
Claire et noire,
Sous les deux ponts
Le pont des chars,
Je veux dire le
train,
Et le pont du monde,
Celui de la
Voirie.
Et pour son bleu azur
Les jours de vent du nord,
Le cher bleu à laver
Qui se vendait en cubes,
Du temps que ma
mère
Lavait mon linge.
Béni sois-tu pour le soleil qu'il boit,
Les soirs de juillet,
Et pour la lune
qu'il renvoie,
Les soirs de
janvier.
Pour être lui,
Pour être là,
Béni sois-tu.
Béni sois-tu
Pour la liberté
dernière
De marcher ;
La première étant la même,
La troisième
Étant de voir.
Béni sois-tu !
Car enfin,
Qui pourrait mériter Le lac Saint-Jean ?
Jean-Paul Desbiens

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire